Problèmes de pipelines

En rachetant à Kinder Morgan l'oléoduc Trans Mountain, le gouvernement fédéral a fait un pas vers la nationalisation du secteur du transport pétrolier. Ironie du sort, c'est Pierre Trudeau qui avait lancé en 1975 la société pétrolière d'État Petro-Canada, suscitant alors une controverse de même acabit. Cette fois-ci, l'implication directe du gouvernement a au moins été joyeusement célébrée en Alberta.

Était-ce la bonne décision?

Les avantages du projet demeurent discutables et ses effets potentiels fortement contestés sur le plan scientifique. La société n'avait daigné adresser la parole aux Premières nations et aux administrations locales concernées que du bout des lèvres, probablement sous la direction d'un conseil d'administration manquant grandement de diversité et d'expérience en dehors d'une province dévouée corps et âme à l'industrie pétrolière.

Sans surprise, les intéressés, rejoints par des groupes environnementaux, ont contesté le projet en cour, ne remportant pour l'instant toutefois aucune manche dans la bataille. Les échanges des parties en présence se déroulent alors que la Colombie-Britannique a déploré des feux de forêt d'une intensité exceptionnelle en 2017, durant lesquels les habitants de Vancouver auraient tristement pu se croire sous le ciel de Pékin. Les montagnes avaient disparu dans la fumée et toute activité de plein air demeurait fortement déconseillée. Les enjeux environnementaux parviennent souvent à trouver écho dans les situations les plus critiques.

Le projet comporte des dilemmes à long et court termes. On peut effectivement se demander s'il est raisonnable d'investir dans une infrastructure dédiée à une source d'énergie qui devrait disparaître à long terme en raison de ses effets désastreux sur le climat. À court terme, le Canada s'est engagé à respecter des objectifs de diminution de ses émissions de carbone et semble motivé à organiser une transition vers des sources d'énergie propres. Contre toute attente, l'Alberta a louablement mis en œuvre sa propre stratégie de lutte contre le changement climatique, en cohérence avec les objectifs nationaux. Si la Colombie-Britannique parvenait à refuser à sa voisine l'accès à son littoral, l'Alberta souhaitera-t-elle poursuivre ses objectifs climatiques? De plus, si les Albertains nourrissaient l'impression que le gouvernement fédéral minait leur économie, on pourrait redouter le type de parti politique vers lequel ils se tourneront lors des prochaines élections provinciales. La Première ministre de la province, Mme Notley, survivra-t-elle ou sera-t-elle remplacée par un gouvernement hostile à toute forme d'action sur le changement climatique? Le projet Trans Mountain détruit-il nos ambitions climatiques ou n'est-il que le prix à payer pour une stratégie nationale? Enfin, aurons-nous un jour une vraie conversation sur la façon dont le Canada doit favoriser la transition énergétique et en bénéficier?